juil
07
2011
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Jour de fete

J’esperais revoir Laoxe dans les 2 semaines. J’ai promis  а Baba Maia de ne pas l’abandonner dans la tache du binage integral du potager. Voilа dejа 1 mois, et on est pas encore prets  а embarquer.
Je decouvre les choses « pas si simples » que l’on tente constemment de me mettre devant les yeux. Et m’arme de patience… (meme si ca me fait paniquer, ces journees parfois avortees,  а cause du temps froid et pluvieux, d’une voiture qui n’arrive pas, d’un papier qui n’arrive pas, du telephone coupe dans tout le village, de la vodka, de l’inertie plombante des mecs en groupe qui se « relachent »  а repetition, des p’tits coups de faiblesse immunitaire suite  а un bain premature dans la riviere, ou a des bottes grignottees par les souris, les jours feries qui sont legions, etc… ) Et justement, c’est le « jour de la jeunesse » que me tombe dans l’oreille les derniers evenements « forestiers »: le lendemain (ils choisissent bien leur jour),  а Luchegorsk, des actions sur le territoire de la Moyenne-Bikin (du village vers les hauteurs… bref, en pleins sur les territoires d’usage traditionnel) seront mises en vente aux encheres. L’actuel locataire, Mr Sherko (sans aucun statut associatif -ca aussi c’est nouveau, et c’est surement une grosse erreure dans l’optique de la protection du bassin de la Bikin) semble ne pas faire le poids devant les promoteurs forestiers, la plupart du temps soutenues par les organisations gouvernementales. Bref, le scenario catastrophe. J’en oublie tous mes problemes, et reste pas mal abasourdie devant le peu de reactivite que ce genre de nouvelles provoque. Il y a bien eu un rassemblement au village il y a quelques jours, des signatures recoltees, et la decision d’envoyer une 15aine de personnes en delegation. Mais le sentiment d’impuissance ambiant me semble terriblement lourd а porter. C’est de le destin de millions d’hectares, de centaines de kilometres de riviere, et de ces gens de Krasnii-iar, qui se joue aux encheres. Quelle en sera l’issue?? Et comment agir personnellement? Aucun reseau associatif concret ne semble etre organise, et pourtant, la question concerne tout le monde sans exception ni contradictions. Beaucoup disent: « Ca arrive tous les ans, chez nous. On proteste, mais les decisions sont deja prises, et personne parmis nous n’est consulte lors des contrats sont signes. C’est tellement des histoires de gros sous!! Et nous on refuse tout en bloc: les coupes, les aides promises en echange, les emplois- de toutes manieres la plupart n’embauchent que des chinois-, l’idee de voir la route etre reparee, etc… On sait bien que s’ils commencent, vivre a Krasnii-iar sera encore plus dur que ca ne l’est deja. Mais eux, ils ne voient que les milliards que ca represente. Et Sherko se fait depasser, dans l’affaire il ne fait pas le poid! » Quand chacun cherche d’abord a prendre son gras de lard, ca aide pas a reunir et a marcher vers les solutions deja trouvees, et experimentees ailleurs dans la region: Parc National, Territoire a usage traditionnel, avec une « reserve stricte » sur la Haute-Bikin, ou personne ne chasse ni ne peche. TOUT est la pour que ce soit fait, une bonne fois pour toutes, et plus de la moitie du village est pour ce genre de variantes, mais les volontes predominantes semblent avoir d’autres interets.
Ce jour-la, aucune decision n’a ete prise. C’etait comme un test sur la population. Environ 700 personnes sont venues protester, dont une 30 aine de iarovski. Televisions, journaux. Ils ont seulement decrete que dans 60 et quelques jours, quelquechose sera decide. Qui sera la ce jour-la? 3 politiques et 2 businessman?

Ecrit par admin in: Printemps |
juil
07
2011
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Laoxe

Laoxe est une grande clairiere entourde de bouleaux. Depuis longtemps l’endroit est habite, defriche et cultive. A l’epoque sovietique un aerodrome y a ete amenage. Plus tard, Died Edik y a tenu les ruches du gouvernment: 200 ruches  а lui tout seul! D’autres obligations, du style 150 kg de fougeres salees, devaient etre remplies par les habitants.

Les Ruches du "pere Edik"

Laoxe est une des rares terres sur la Haute-Bikin classee terre agricole. (avec le village d’Ulunga, situe  а 45km un peu plus haut, ou ont vecu les arrieres grand-parents de Kostia. Aujourd’hui 2 familles, qui tendent  а s’aggrandir y vivent  а l’annee.) Ce statut leur a permi de louer les 12 hectares  а long terme directement  а l’Etat, sans dependre de l’organisation, basee  а Iar, gerant les territoires de chasse.
Died Edik et Baba Maia ne veulent rien devoir a personne. Ils ont bati ici peu  а peu leur autonomie, avec leur energie de « kolkhoziens », et grace a leur hospitalite, qui leur vaut des retours non negligeables. L’aerodrome draine regulierement helicopteres et avions personnels, et la riviere des enfilades de lodkis  а touristes, qui, si l’echange est respectivement satisfaisant, se font un plaisir de revenir plusieurs fois par an, avec petits sables, mayonnaise en pots de 3 litres, ou bien outils precieux, materiel pour les ruches, pieces de reparation pour le moteur, le moto-neige, ou autre instrument indispensable.
Died Edik vient d’ailleurs. Un peu comme pour moi, au village on lui a fait endosser toutes sortes de costumes. Et puis quand il a commence sa vie lа-haut, il en est presque plus sorti. « Marilia, tu penses que tout est simple, que tenir un rucher, avoir des abeilles, ca se fait comme ca, pouf! que vivre en pleine foret,  ca se fait comme ca, pouf! que tu demarres et que ca roule, mais attend voir un peu, beaucoup de choses encore tu ne comprends pas, les abeilles, la vie ici, c’est pas si simple…! »

Une petite betterave rouge

Ben oui… la douceur et le confort de Laoxe sont le fruit de pas mal d’annees, en dizaines, de travail. Seul le « bania noir » (un bania a foyer ouvert, sans poel) atteste encore du neant materiel de leurs debuts. Aujourd’hui, tout semble bien rode, reste a entretenir, mais ca aussi, c’est un sacre travail! Baba Maia (76 ans), commence  а fatiguer: « pourquoi donc planter tant de patates?? » Et Died Edik, se sent moins d’attaque a tenir autant de ruches (une trentaine). Mais en tant que bons kolkhoziens, on se leve  а 5h du matin, on dejeune  а 6, rebelotte  а 11, et diner  а 6h du soir. Et puis, je tombe  а pic: 1er jour: patates, 2 fois. 2eme: patates une fois, mais (c’est pour les poules), betteraves et radis pour moi. 3eme jour: mais, fraisiers, fenouil, concombres et potimarrons, avec un petit creneau pour recolter les premieres fougeres aigle de Laoxe. Bref, tout ce qu’il faut pour me rassurer l’existence… un minimum seulement! Ici tout est dejа en place, et Kostia et moi, on a tout  а construire.

Un petit Taimen

Baba Maia rale: de leur expedition filet, son Died lui ramene un petit Taimen… aussi long que ma moitie. (Le Taimen est le plus gros, le plus rare, et le plus goutu poisson de la region). Elle l’aurait bien coupe  а la machette et jette dans la gamelle des chiens, mais Died dit que ca se fait pas, on peut au moins en faire des « cotelettes » (ce qui implique un peu plus de travail en cuisine).
Bouffe… y’en aurait pour 5, 6, 7… facilement 3 familles! Les papates sont grosses comme 2 poings, les betteraves rouges tiennent pas dans une main, les oeufs s’entassent, les fougeres recoltees hier risquent de finir au compost. Du poisson plein la riviere (« ca encore, c’est un petit »), du gibier pour toute l’annee, des journees de recoltes de baies, de noix, de champignons, de plantes-medecine en persprectives, des bidons de miel en surplus. Bouffe, sauvage, naturelle, le top du top. J’y inviterai bien tous mes amis en vous disant: » viendez, j’ai trouve le paradis, plus vrai que dans les films, mais faut pas avoir peur des moustiques, des tiques, des moucherolles, des taons et des serpents (on en a decouvert un d’un bon metre 60), des ours, des tigres, des chasseurs et des pecheurs alcooliques, de la neige, et de l’hiver  а -40 « . Mais pour l’instant, tout ne m’est encore accessible que par petites doses homeopathiques… 6 jours, et la lodka vient me chercher. Come back to the village, pour derniers (?) torticolis administratifs.
Retour la gorge serree: c’est bien  а Laoxe que ma route s’arrete, que mon organisme voyageur veut (et peut) enfin se faire sedentaire pour un temps. Y parvenir, si complique! si longue la route qui y mene, si loin encore de moi le temps ou je pourrais y rester! Une lodka emplie de citadins en mal de chez eux vient m’arracher  а tout ce que j’aime, et qui sait quand elle me ramenera jusque lа…

Ecrit par admin in: Printemps |
juil
07
2011
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Expe Laoxe

C'est quand qu'on embarque???

Manoeuvre

J’m'etais donc programme une bonne semaine de fougeres en attendant que Kostia s’occupe d’un groupe de « touristes » russes en quete de gros poissons. Et pi, surprise, la veille du depart, il me dit: « Tu veux toujours vraiment venir? L’oncle Serguei prend aussi sa barque, file un coup de main pour tous les envoyer jusque la -haut. Au retour on sera moins plein, on tiendra tous dans une seule lodka. Aller, prepare-toi, demain on embarque! »
Youhou. J’attend que ca, moi. Commencer une vie la -haut. Et pour commencer une vie, rien de mieux que le printemps, qui d’ailleurs, la-haut, se fait encore plus tardif qu’au village. Au 1er juin, il est toujours temps de planter les patates… (ouf, tout peut encore se jouer…)

Savez-vous planter les Pins... a la Coreenne?

... et pecher du sachimi?

Encore un de ces instincts ancres bien profond: assurer sa survie, assurer son autonomie, alimentaire en premier lieu, sans intermediaires, entre la terre en tant que base fertile, et soi-meme en tant qu’estomac ambulant muni d’organes aptes a cultiver (meme si on est pas que ca, bien entendu). Je me souviens d’un businessman a Seoul, soupirer devant le recit d’une aventure voyageuse, ou de l’evocation d’une partie de tennis, d’equitation ou de ballade en nature… « C’est genial de pouvoir vivre tout cela… j’aimerais bien, moi aussi, mais j’ai pas le temps! Tous les jours, il faut travailler!
- Et qu’est-ce qui vous empeche de moins travailler?
- En Coree, y’a 3 pommes pour 10 personnes. C’est la competition. Il faut etre le meilleur pour pouvoir s’emparer d’une pomme, et la manger.
- Et si vous preniez du temps pour planter des pommiers et faire pousser des pommes??? »

Ferme a poisson en Coree

En attendant le client...

Les businessman russes repondent a leurs instincts d’une toute autre maniere: quand ils prennent du temps libre, c’est pour faire le plein de chasse, de peche et de nature sauvage. Pour 3000 roubles par jour, Kostia fait guide et conducteur, avec pour mission d’leur permettre de ramener du poisson fume a la maison.

Les turbulences des eaux

La riviere bouillonne. Rien a  voir avec la tranquille Pechora. La Bikin est consideree comme une riviere de montagne, dangereuse, faite de courbes soudaines, de bras etroits et d’arbres morts charries en tas, qui forment a  certains endroits de veritables cimetieres de bois.  Je me poste a  la proue, bien que ce soit la place de la sentinelle: a la forme des remous, elle se doit de reperer les bancs de galet peu profonds, et les branches immergees. Mais les pluies ont rempli la riviere a  raz-bord ce qui facilite la navigation. Je me permet le bonheur d’avoir le nez en premiere ligne, pour recevoir les odeurs delicieuses des fleurs de cerisier sauvage et de « cheromuxa »… La plupart des autres ont deja degaine leurs fusils, et scrutent les berges impassiblement. Moi, je me rejoui a  chaque canard qui s’envole, (pas mal de Mandarins) a  chaque tache orangee sur un vieux saule (champignons), a  chaque heron stoique et statique (« on m’a pas vu »), et frise l’extase lorsqu’a  notre passage un Aigle a  queue blanche (endemique) s’envole et nous precede sur quelques metres, avant de se poser sur une cime nous regarder fierement passer.
Arrives a  « la base » apres une nuit passee dans une autre baraque en chemin, Kostia m’envoie de l’autre cote de la riviere, chez Baba Maia et Died Edik. Eux, continuent plus haut encore, ou le poisson abonde. Un peu dur pour moi d’accepter le principe: pas question de me laisser seule plusieurs jours en pleine foret. Cela-dit, passer quelques jours chez les voisins, a  Laoxe, etait tout ce qu’il me fallait pour apaiser son instinct de survie, et preparer tout un futur a  m’faire rever…

Ecrit par admin in: Printemps |
juil
07
2011
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Cueillettes de printemps

Un jardin en Coree... 4 carres chacun, et pas plus!!

Mi-mai, printemps. Un moment j’ai bien eu peur de tout louper. Comme si le printemps allait me passer sous le nez, comme si j’ etais le surfeur en retard, celui qui rate LA vague, celle de la vie qui reprend, repousse, redonne a la terre toute sa fertilite, ses couleurs, ses odeurs, et pour nous, de la verdure а grignotter, en attendant que les fruits du travail potager ne nous nourrissent…

Bien vite on me rassure: si les patates dejа se sement  а Vladivostok,  а Krasnii-iar on peut encore attendre presque un mois avant de s’atteler  а la tache la plus primordiale de la saison. Si la cueillette du Cheremsha dejа s’acheve  а Luchegorsk,  а Krasnii-iar c’est  а peine si elle a commence.

Vol funebre au-dessus des aubergines

Apres sa remise en forme Coreenne, j’ai pu rapatrier Ileonord jusqu’au village. Ici, les cueillettes, c’est du serieux, et l’avantage qu’offre une bicyclette avec porte bagage et sacoches est non negligeable. 3 coups de pedale pour traverser le village qui s’etire en longueur, traverser les 3 ponts de la Bikin, atteindre les friches d’Olon, y verifier si les interesses sont presents, changer d’endroit le casecheant, et charger 3 fois plus qu’un dos d’homme ne le pourrait. La premiere chose qu’on est alle glaner: du crottin de cheval. Non, non, non, pas pour manger, quoique, indirectement… Mi-mai, il etait plus que temps de semer sur couche chaude et sous mini-serre les legumes а repiquer plus tard.

La Fougere Udege

Il y a des instincts, comme ca, qu’on se decouvre… Cueillir: quand je commence, je m’arrete plus. Sauf qu’ici on pourrait y passer toute la journee, tous les jours non enneiges de l’annee. Tout est donne,  а nos pieds, suffit de savoir ou et quoi regarder. Le nez dans l’ail sauvage je me suis sentie comblee… j’aurais pu, au meme endroit, recolter des fougeres, ou bien encore de l’angelique. Mais au matin dejа, mes sacs en etaient pleins!

Quand ca bourgeonne...

Le probleme, c’est que ce genre d’exces de zele t’oblige а etre autant, (sinon plus) persistante en cuisine, ce qui est bien moins dans mes activites de predilection…! Si l’ail sauvage se recolte de petit brin en petit brin et se sale en 3 coups de cuillere, la fougere des marais, « Osmund », se ramasse en grappe mais demande d’etre mouillee et nettoyee de ses poils bruns, avant d’ etre bouillie puis sechee au soleil  а force de plusieurs essorages manuels. On pense alors а la cueillette au meilleur rapport « energie »: proche geographiquement, en quantites suffisante, facile а recolter, vite preparee, goutue, etc… Dans la cathegorie, il y a l’ »Orliak », la fougere aigle, que l’on peut meme deposer au comptoir « Tigre » pour 15 roubles le kilo (l’Osmund, plus difficile, est recompensee  а 28 roubles). Si on veut se la frire de suite, on la fait macerer dans de l’eau salee toute la nuit, afin qu’elle perde son amertume. Avant de la jetter dans la poele, la faire bouillir 2min. Si on veut se la garder pour l’hiver, 2 variantes, selon le climat: faire bouillir et faire secher, ou bien depenser quelques kilogrammes de gros sel, dans lequel on lui fait perdre son jus, avant de la compresser dans des bocaux.
Juin, frais et pluvieux. Les gens annoncent dejа: apres les fougeres, les « golubitsa » (myrtilles). Tigre vient de se procurer le materiel necessaire pour, elles aussi, les conditionner. « Et apres les golubitsa, cette annee, le limoinik! Et si Juillet nous rechauffe comme il faut, c’est sur y’aura des shishkis (pignes de pin) plein la taiga. »
Chouettes perspectives.
En attendant, revenons а nos patates…

Ecrit par admin in: Cueillette,Krasnii-iar,Printemps |
avr
17
2011
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Des fleurs, de sous la neige…

Y’a pas que moi qui redoute de louper le printemps. A Vladivostok, je rencontre Nelia, peintre. « Marilia, il me reste 200 roubles, de quoi prendre le train electrique, jusqu’a la sortie de la ville. Faut que je trouve des fleurs, pour peindre, pour vendre… j’en ai marre de manger que des nouilles, j’veux des legumes! J’espere que je suis pas trop en retard pour trouver des « … » et les « … » (je me souviens plus des noms) »             

Finalement, pas de panique, seuls les Podsniejniki, les « fleurs de sous la neige », les toutes premieres a sortir, repondent presentes. J’ai trouve ca un peu fou: arracher des pleurs pour les peindre en centre-ville, montrer tout ca dans des galeries pour que des riches respirent, achetent une image de fleur afin d’ avoir le souvenir de leur odeur (si lointaine, si lointaine) accroche dans la cuisine.

Questions pratiques, je me confronte aux meandres epineux des demarches administratives. J’en perd parfois tellement mon sang froid (pour un tampon qu’on a oublie de mettre, pour une information qu’on a neglige m’indiquer, au bien encore a cause des bouchons et de la poussiere), que j’en ai perdu mon porte-feuille! Ca aide pas a voir le bout du tunnel…

Ecrit par admin in: Printemps |
avr
17
2011
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Premices printaniers

Pendant qu’en Centre Bretagne les champs se remplissent de pissenlits, a Krasnii-iar, le printemps s’annonce d’une maniere un peu moins eclatante… La neige, bien qu’elle continue a tomber de temps en temps, se met a fondre le jour. Consequences: on sort les bottes en caouchouc, on coupe plus a travers jardin pour aller chez la voisine au risque de remplir ses bottes de neige mouillee, les ordures de l’annee passee reapparaissent au grand jour, gadoue partout (c’est pas joli), mais la plus redoutable consequence, c’est la route. Pour eviter de se planter, les convois se forment de nuit, ou tres tot le matin, quand la neige a regele par dessus. Pour les audacieux, une paire de pelles c’est l’indispensable minimum, si on veut esperer echapper aux embouteillages de camions forestiers.

Et puis comme partout, on commence a penser au jardin. Les poivrons et les aubergines sont les premiers a se retrouver en terre… bien au chaud derriere les fenetres et pas trop loin des poeles. Alors, en attendant que ca pousse, que ca fonde, que ca gele plus (parfois jusqu’en juin), Natacha me coache a la couture, et Natacha (une autre) a la confection de semelles pour skis… Les motifs Udeges sont tout en courbes et tortillons. « T’as pas vu, la, le Tigre? Et ca, regarde, c’est un Dragon! » Pas evident a discerner, exactement comme quand on se trouve en foret, au milieu des ombres et des lumieres, des lianes et des racines…

Pour que les skis glissent dans un sens et pas dans l’autre, faut leur coller des peaux de pattes de cerfs, qu’ont le poil dans le bon sens. Tailler, assembler, coudre… en 2 jours c’etait regle! Mais faut des outils a la hauteur: le de en cuir, les aiguilles coupantes au bout, qui se fabriquent en quelques coups de marteau. Faire des skis, ca ne demande pas beaucoup de preparation: racler les peaux grossierement, les faire tremper toute une nuit. Mais le travail de la matiere en question m’a bien plu, et j’ai pu recuperer 6 peaux de pattes d’ete (le poil est plus fin, la peau plus souple), dans l’intention d’en faire des chaussures « Aonte ». Malgre les « mais tu vas crever de chaud la-dedans, meme en hiver! », ca enjoue Natacha, qu’est pas la premiere femme esseulee-demotivee entre ses 4 murs. Si elle avait une partenaire, elle en ferait des chaussures et des chaussons, de quoi gagner un bon paquet de sous! Et puis pour actionner l’assouplisseur de peaux, faut etre au moins 2. D’ailleurs, comme plus personne ne pratique, les derniers instruments sont caches quelquepart, entre le musee et les derniers espoirs de les voir servir a quelque-chose. Kostia promet: « si t’as besoin, je t’en fabrique un, et point! » Quant a Baba Klava, elle concerve encore la recette pratique de couture des Aonte. « Qu’est-ce-que tu crois, j’ai fais ca toute ma vie! » Donc, tout est la, le chasseur, le gibier, les peaux, les instruments et les mains pour faire, la recette… En ce qui concerne l’envie, la volonte, je m’en charge, histoire que tous les elements s’assemblent, et transcendent…  

Malheureusement, tout cela reste encore a l’etat de theorie: papiers, documents, enregistrements, visa, les questions qu’on aimerait oublier me reprennent et m’obligent de nouveau a laisser tout en suspens. « Et les poivrons? Et le printemps? » La voisine Raia me repond: « T’ inquiete pas, dans un mois, tout sera encore a semer! Et en foret, a peine les premieres pousses sortiront: ail sauvage, ortie, … et puis apres les fougeres, et puis… – Shut! J’veux pas entendre, j’veux pouvoir etre la pour voir et sentir, et cueillir avec vous! »

Ecrit par admin in: Krasnii-iar,Printemps |

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