juil
07
2011
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Laoxe

Laoxe est une grande clairiere entourde de bouleaux. Depuis longtemps l’endroit est habite, defriche et cultive. A l’epoque sovietique un aerodrome y a ete amenage. Plus tard, Died Edik y a tenu les ruches du gouvernment: 200 ruches  а lui tout seul! D’autres obligations, du style 150 kg de fougeres salees, devaient etre remplies par les habitants.

Les Ruches du "pere Edik"

Laoxe est une des rares terres sur la Haute-Bikin classee terre agricole. (avec le village d’Ulunga, situe  а 45km un peu plus haut, ou ont vecu les arrieres grand-parents de Kostia. Aujourd’hui 2 familles, qui tendent  а s’aggrandir y vivent  а l’annee.) Ce statut leur a permi de louer les 12 hectares  а long terme directement  а l’Etat, sans dependre de l’organisation, basee  а Iar, gerant les territoires de chasse.
Died Edik et Baba Maia ne veulent rien devoir a personne. Ils ont bati ici peu  а peu leur autonomie, avec leur energie de « kolkhoziens », et grace a leur hospitalite, qui leur vaut des retours non negligeables. L’aerodrome draine regulierement helicopteres et avions personnels, et la riviere des enfilades de lodkis  а touristes, qui, si l’echange est respectivement satisfaisant, se font un plaisir de revenir plusieurs fois par an, avec petits sables, mayonnaise en pots de 3 litres, ou bien outils precieux, materiel pour les ruches, pieces de reparation pour le moteur, le moto-neige, ou autre instrument indispensable.
Died Edik vient d’ailleurs. Un peu comme pour moi, au village on lui a fait endosser toutes sortes de costumes. Et puis quand il a commence sa vie lа-haut, il en est presque plus sorti. « Marilia, tu penses que tout est simple, que tenir un rucher, avoir des abeilles, ca se fait comme ca, pouf! que vivre en pleine foret,  ca se fait comme ca, pouf! que tu demarres et que ca roule, mais attend voir un peu, beaucoup de choses encore tu ne comprends pas, les abeilles, la vie ici, c’est pas si simple…! »

Une petite betterave rouge

Ben oui… la douceur et le confort de Laoxe sont le fruit de pas mal d’annees, en dizaines, de travail. Seul le « bania noir » (un bania a foyer ouvert, sans poel) atteste encore du neant materiel de leurs debuts. Aujourd’hui, tout semble bien rode, reste a entretenir, mais ca aussi, c’est un sacre travail! Baba Maia (76 ans), commence  а fatiguer: « pourquoi donc planter tant de patates?? » Et Died Edik, se sent moins d’attaque a tenir autant de ruches (une trentaine). Mais en tant que bons kolkhoziens, on se leve  а 5h du matin, on dejeune  а 6, rebelotte  а 11, et diner  а 6h du soir. Et puis, je tombe  а pic: 1er jour: patates, 2 fois. 2eme: patates une fois, mais (c’est pour les poules), betteraves et radis pour moi. 3eme jour: mais, fraisiers, fenouil, concombres et potimarrons, avec un petit creneau pour recolter les premieres fougeres aigle de Laoxe. Bref, tout ce qu’il faut pour me rassurer l’existence… un minimum seulement! Ici tout est dejа en place, et Kostia et moi, on a tout  а construire.

Un petit Taimen

Baba Maia rale: de leur expedition filet, son Died lui ramene un petit Taimen… aussi long que ma moitie. (Le Taimen est le plus gros, le plus rare, et le plus goutu poisson de la region). Elle l’aurait bien coupe  а la machette et jette dans la gamelle des chiens, mais Died dit que ca se fait pas, on peut au moins en faire des « cotelettes » (ce qui implique un peu plus de travail en cuisine).
Bouffe… y’en aurait pour 5, 6, 7… facilement 3 familles! Les papates sont grosses comme 2 poings, les betteraves rouges tiennent pas dans une main, les oeufs s’entassent, les fougeres recoltees hier risquent de finir au compost. Du poisson plein la riviere (« ca encore, c’est un petit »), du gibier pour toute l’annee, des journees de recoltes de baies, de noix, de champignons, de plantes-medecine en persprectives, des bidons de miel en surplus. Bouffe, sauvage, naturelle, le top du top. J’y inviterai bien tous mes amis en vous disant: » viendez, j’ai trouve le paradis, plus vrai que dans les films, mais faut pas avoir peur des moustiques, des tiques, des moucherolles, des taons et des serpents (on en a decouvert un d’un bon metre 60), des ours, des tigres, des chasseurs et des pecheurs alcooliques, de la neige, et de l’hiver  а -40 « . Mais pour l’instant, tout ne m’est encore accessible que par petites doses homeopathiques… 6 jours, et la lodka vient me chercher. Come back to the village, pour derniers (?) torticolis administratifs.
Retour la gorge serree: c’est bien  а Laoxe que ma route s’arrete, que mon organisme voyageur veut (et peut) enfin se faire sedentaire pour un temps. Y parvenir, si complique! si longue la route qui y mene, si loin encore de moi le temps ou je pourrais y rester! Une lodka emplie de citadins en mal de chez eux vient m’arracher  а tout ce que j’aime, et qui sait quand elle me ramenera jusque lа…

Ecrit par admin in: Printemps |
juil
07
2011
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Expe Laoxe

C'est quand qu'on embarque???

Manoeuvre

J’m'etais donc programme une bonne semaine de fougeres en attendant que Kostia s’occupe d’un groupe de « touristes » russes en quete de gros poissons. Et pi, surprise, la veille du depart, il me dit: « Tu veux toujours vraiment venir? L’oncle Serguei prend aussi sa barque, file un coup de main pour tous les envoyer jusque la -haut. Au retour on sera moins plein, on tiendra tous dans une seule lodka. Aller, prepare-toi, demain on embarque! »
Youhou. J’attend que ca, moi. Commencer une vie la -haut. Et pour commencer une vie, rien de mieux que le printemps, qui d’ailleurs, la-haut, se fait encore plus tardif qu’au village. Au 1er juin, il est toujours temps de planter les patates… (ouf, tout peut encore se jouer…)

Savez-vous planter les Pins... a la Coreenne?

... et pecher du sachimi?

Encore un de ces instincts ancres bien profond: assurer sa survie, assurer son autonomie, alimentaire en premier lieu, sans intermediaires, entre la terre en tant que base fertile, et soi-meme en tant qu’estomac ambulant muni d’organes aptes a cultiver (meme si on est pas que ca, bien entendu). Je me souviens d’un businessman a Seoul, soupirer devant le recit d’une aventure voyageuse, ou de l’evocation d’une partie de tennis, d’equitation ou de ballade en nature… « C’est genial de pouvoir vivre tout cela… j’aimerais bien, moi aussi, mais j’ai pas le temps! Tous les jours, il faut travailler!
- Et qu’est-ce qui vous empeche de moins travailler?
- En Coree, y’a 3 pommes pour 10 personnes. C’est la competition. Il faut etre le meilleur pour pouvoir s’emparer d’une pomme, et la manger.
- Et si vous preniez du temps pour planter des pommiers et faire pousser des pommes??? »

Ferme a poisson en Coree

En attendant le client...

Les businessman russes repondent a leurs instincts d’une toute autre maniere: quand ils prennent du temps libre, c’est pour faire le plein de chasse, de peche et de nature sauvage. Pour 3000 roubles par jour, Kostia fait guide et conducteur, avec pour mission d’leur permettre de ramener du poisson fume a la maison.

Les turbulences des eaux

La riviere bouillonne. Rien a  voir avec la tranquille Pechora. La Bikin est consideree comme une riviere de montagne, dangereuse, faite de courbes soudaines, de bras etroits et d’arbres morts charries en tas, qui forment a  certains endroits de veritables cimetieres de bois.  Je me poste a  la proue, bien que ce soit la place de la sentinelle: a la forme des remous, elle se doit de reperer les bancs de galet peu profonds, et les branches immergees. Mais les pluies ont rempli la riviere a  raz-bord ce qui facilite la navigation. Je me permet le bonheur d’avoir le nez en premiere ligne, pour recevoir les odeurs delicieuses des fleurs de cerisier sauvage et de « cheromuxa »… La plupart des autres ont deja degaine leurs fusils, et scrutent les berges impassiblement. Moi, je me rejoui a  chaque canard qui s’envole, (pas mal de Mandarins) a  chaque tache orangee sur un vieux saule (champignons), a  chaque heron stoique et statique (« on m’a pas vu »), et frise l’extase lorsqu’a  notre passage un Aigle a  queue blanche (endemique) s’envole et nous precede sur quelques metres, avant de se poser sur une cime nous regarder fierement passer.
Arrives a  « la base » apres une nuit passee dans une autre baraque en chemin, Kostia m’envoie de l’autre cote de la riviere, chez Baba Maia et Died Edik. Eux, continuent plus haut encore, ou le poisson abonde. Un peu dur pour moi d’accepter le principe: pas question de me laisser seule plusieurs jours en pleine foret. Cela-dit, passer quelques jours chez les voisins, a  Laoxe, etait tout ce qu’il me fallait pour apaiser son instinct de survie, et preparer tout un futur a  m’faire rever…

Ecrit par admin in: Printemps |
juil
07
2011
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Cueillettes de printemps

Un jardin en Coree... 4 carres chacun, et pas plus!!

Mi-mai, printemps. Un moment j’ai bien eu peur de tout louper. Comme si le printemps allait me passer sous le nez, comme si j’ etais le surfeur en retard, celui qui rate LA vague, celle de la vie qui reprend, repousse, redonne a la terre toute sa fertilite, ses couleurs, ses odeurs, et pour nous, de la verdure а grignotter, en attendant que les fruits du travail potager ne nous nourrissent…

Bien vite on me rassure: si les patates dejа se sement  а Vladivostok,  а Krasnii-iar on peut encore attendre presque un mois avant de s’atteler  а la tache la plus primordiale de la saison. Si la cueillette du Cheremsha dejа s’acheve  а Luchegorsk,  а Krasnii-iar c’est  а peine si elle a commence.

Vol funebre au-dessus des aubergines

Apres sa remise en forme Coreenne, j’ai pu rapatrier Ileonord jusqu’au village. Ici, les cueillettes, c’est du serieux, et l’avantage qu’offre une bicyclette avec porte bagage et sacoches est non negligeable. 3 coups de pedale pour traverser le village qui s’etire en longueur, traverser les 3 ponts de la Bikin, atteindre les friches d’Olon, y verifier si les interesses sont presents, changer d’endroit le casecheant, et charger 3 fois plus qu’un dos d’homme ne le pourrait. La premiere chose qu’on est alle glaner: du crottin de cheval. Non, non, non, pas pour manger, quoique, indirectement… Mi-mai, il etait plus que temps de semer sur couche chaude et sous mini-serre les legumes а repiquer plus tard.

La Fougere Udege

Il y a des instincts, comme ca, qu’on se decouvre… Cueillir: quand je commence, je m’arrete plus. Sauf qu’ici on pourrait y passer toute la journee, tous les jours non enneiges de l’annee. Tout est donne,  а nos pieds, suffit de savoir ou et quoi regarder. Le nez dans l’ail sauvage je me suis sentie comblee… j’aurais pu, au meme endroit, recolter des fougeres, ou bien encore de l’angelique. Mais au matin dejа, mes sacs en etaient pleins!

Quand ca bourgeonne...

Le probleme, c’est que ce genre d’exces de zele t’oblige а etre autant, (sinon plus) persistante en cuisine, ce qui est bien moins dans mes activites de predilection…! Si l’ail sauvage se recolte de petit brin en petit brin et se sale en 3 coups de cuillere, la fougere des marais, « Osmund », se ramasse en grappe mais demande d’etre mouillee et nettoyee de ses poils bruns, avant d’ etre bouillie puis sechee au soleil  а force de plusieurs essorages manuels. On pense alors а la cueillette au meilleur rapport « energie »: proche geographiquement, en quantites suffisante, facile а recolter, vite preparee, goutue, etc… Dans la cathegorie, il y a l’ »Orliak », la fougere aigle, que l’on peut meme deposer au comptoir « Tigre » pour 15 roubles le kilo (l’Osmund, plus difficile, est recompensee  а 28 roubles). Si on veut se la frire de suite, on la fait macerer dans de l’eau salee toute la nuit, afin qu’elle perde son amertume. Avant de la jetter dans la poele, la faire bouillir 2min. Si on veut se la garder pour l’hiver, 2 variantes, selon le climat: faire bouillir et faire secher, ou bien depenser quelques kilogrammes de gros sel, dans lequel on lui fait perdre son jus, avant de la compresser dans des bocaux.
Juin, frais et pluvieux. Les gens annoncent dejа: apres les fougeres, les « golubitsa » (myrtilles). Tigre vient de se procurer le materiel necessaire pour, elles aussi, les conditionner. « Et apres les golubitsa, cette annee, le limoinik! Et si Juillet nous rechauffe comme il faut, c’est sur y’aura des shishkis (pignes de pin) plein la taiga. »
Chouettes perspectives.
En attendant, revenons а nos patates…

Ecrit par admin in: Cueillette,Krasnii-iar,Printemps |
avr
17
2011
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Des fleurs, de sous la neige…

Y’a pas que moi qui redoute de louper le printemps. A Vladivostok, je rencontre Nelia, peintre. « Marilia, il me reste 200 roubles, de quoi prendre le train electrique, jusqu’a la sortie de la ville. Faut que je trouve des fleurs, pour peindre, pour vendre… j’en ai marre de manger que des nouilles, j’veux des legumes! J’espere que je suis pas trop en retard pour trouver des « … » et les « … » (je me souviens plus des noms) »             

Finalement, pas de panique, seuls les Podsniejniki, les « fleurs de sous la neige », les toutes premieres a sortir, repondent presentes. J’ai trouve ca un peu fou: arracher des pleurs pour les peindre en centre-ville, montrer tout ca dans des galeries pour que des riches respirent, achetent une image de fleur afin d’ avoir le souvenir de leur odeur (si lointaine, si lointaine) accroche dans la cuisine.

Questions pratiques, je me confronte aux meandres epineux des demarches administratives. J’en perd parfois tellement mon sang froid (pour un tampon qu’on a oublie de mettre, pour une information qu’on a neglige m’indiquer, au bien encore a cause des bouchons et de la poussiere), que j’en ai perdu mon porte-feuille! Ca aide pas a voir le bout du tunnel…

Ecrit par admin in: Printemps |
avr
17
2011
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Premices printaniers

Pendant qu’en Centre Bretagne les champs se remplissent de pissenlits, a Krasnii-iar, le printemps s’annonce d’une maniere un peu moins eclatante… La neige, bien qu’elle continue a tomber de temps en temps, se met a fondre le jour. Consequences: on sort les bottes en caouchouc, on coupe plus a travers jardin pour aller chez la voisine au risque de remplir ses bottes de neige mouillee, les ordures de l’annee passee reapparaissent au grand jour, gadoue partout (c’est pas joli), mais la plus redoutable consequence, c’est la route. Pour eviter de se planter, les convois se forment de nuit, ou tres tot le matin, quand la neige a regele par dessus. Pour les audacieux, une paire de pelles c’est l’indispensable minimum, si on veut esperer echapper aux embouteillages de camions forestiers.

Et puis comme partout, on commence a penser au jardin. Les poivrons et les aubergines sont les premiers a se retrouver en terre… bien au chaud derriere les fenetres et pas trop loin des poeles. Alors, en attendant que ca pousse, que ca fonde, que ca gele plus (parfois jusqu’en juin), Natacha me coache a la couture, et Natacha (une autre) a la confection de semelles pour skis… Les motifs Udeges sont tout en courbes et tortillons. « T’as pas vu, la, le Tigre? Et ca, regarde, c’est un Dragon! » Pas evident a discerner, exactement comme quand on se trouve en foret, au milieu des ombres et des lumieres, des lianes et des racines…

Pour que les skis glissent dans un sens et pas dans l’autre, faut leur coller des peaux de pattes de cerfs, qu’ont le poil dans le bon sens. Tailler, assembler, coudre… en 2 jours c’etait regle! Mais faut des outils a la hauteur: le de en cuir, les aiguilles coupantes au bout, qui se fabriquent en quelques coups de marteau. Faire des skis, ca ne demande pas beaucoup de preparation: racler les peaux grossierement, les faire tremper toute une nuit. Mais le travail de la matiere en question m’a bien plu, et j’ai pu recuperer 6 peaux de pattes d’ete (le poil est plus fin, la peau plus souple), dans l’intention d’en faire des chaussures « Aonte ». Malgre les « mais tu vas crever de chaud la-dedans, meme en hiver! », ca enjoue Natacha, qu’est pas la premiere femme esseulee-demotivee entre ses 4 murs. Si elle avait une partenaire, elle en ferait des chaussures et des chaussons, de quoi gagner un bon paquet de sous! Et puis pour actionner l’assouplisseur de peaux, faut etre au moins 2. D’ailleurs, comme plus personne ne pratique, les derniers instruments sont caches quelquepart, entre le musee et les derniers espoirs de les voir servir a quelque-chose. Kostia promet: « si t’as besoin, je t’en fabrique un, et point! » Quant a Baba Klava, elle concerve encore la recette pratique de couture des Aonte. « Qu’est-ce-que tu crois, j’ai fais ca toute ma vie! » Donc, tout est la, le chasseur, le gibier, les peaux, les instruments et les mains pour faire, la recette… En ce qui concerne l’envie, la volonte, je m’en charge, histoire que tous les elements s’assemblent, et transcendent…  

Malheureusement, tout cela reste encore a l’etat de theorie: papiers, documents, enregistrements, visa, les questions qu’on aimerait oublier me reprennent et m’obligent de nouveau a laisser tout en suspens. « Et les poivrons? Et le printemps? » La voisine Raia me repond: « T’ inquiete pas, dans un mois, tout sera encore a semer! Et en foret, a peine les premieres pousses sortiront: ail sauvage, ortie, … et puis apres les fougeres, et puis… – Shut! J’veux pas entendre, j’veux pouvoir etre la pour voir et sentir, et cueillir avec vous! »

Ecrit par admin in: Krasnii-iar,Printemps |
mar
17
2011
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Partie de ski

Aujourd’hui, on va relever les trappes. Kostia me file une paire de skis, qui s’attachent avec rien qu’une laniere, savamment bidouillee, comme tout le reste. On prend la piste qui part vers la colline, derriere la baraque. Kostia cache son fusil dans un fourre. Aux premieres petites descentes, j’ai bien remercie mes parraines et marents pour m’avoir offert la chance d’accumuler une petite experience en matiere de glisse et de ski alpin. Et puis j’ai vite capte que skier en pleine taiga, c’etait tout autre chose, hormis le fait que quand on demarre dans ce genre d’activites, il faut bien accepter un certain nombre de gamelles, se concentrer, se relever, et pas se decourager. J’ai cependant pas mal enrage: Kostia devant file a le perdre de vue, dans un decors qui me sublime, de ces Kedr enormes, de ce chaos artistique si caracteristique des forets sauvage, le tout traverse des rayons du soleil… mais pas une minute pour contempler, photographier, et se representer jusqu’ou je suis parvenue… pour une fois, le nez en l’air m’est impossible, il me faut lutter avec les branches au sol, les racines qui depassent, et toutes celles qui manquent de te voler ton chapeau. J’ai fini par m’en prendre une belle en plein dans l’oeil… histoire d’achever un premier tour en foret super ereintant. « T’inquiete, on a tous commence comme ca », me dira Liosha. « Plus tard, tu pourras y aller toute seule, aux zibelines ». Alors la, c’est sans problemes, mais alors « po-tixonku », certainement pas a ce rythme-la!

Sur la piste on en croise d’autres. Aujourd’hui, parmis les cervides toujours presents, un Lynx, les vieilles traces du Tigre, et des Zibelines un peu partout. La maniere la plus simple de les attrapper, c’est quand on a eu un cerf ou un sanglier. La peau represente toujours un peu de grignottage allecahnt. On la coince sous un arbre tombe, on la camouffle de branches, aussi pour pas que les oiseaux ne viennent s’y prendre. On pose les pieges en dessous, recouverts de poils. Et on passe le lendemain.

Y’a un chasseur a Krasnii-iar, qui attrappe toujours pres de 200 zibelines par an. LE territoire de predilection du coin. Kostia lui, doit en avoir au moins 5, achetee a prix bas par l’association Tigr, qui gere le territoire. Une fois a la barque, il leur enleve leur peau, l’enfile sur des tiges de bois pour qu’elle seche et s’etire. En quelques heure elle se met a ressembler a du papier journal. Died Edi raconte que selon les regions de russie, on prepare les peaux de zibeline differemment. Ca permet de les reconnaitre. Elles n’ont pas toutes la meme couleur, ni la meme qualite. En tout cas, ca a l’air d’etre un business encore en vogue dans tout le pays… (y’a qu’a se souvenir du quartier Russe a Pekin… une enfilade de boutiques a fourrure…)

Ecrit par admin in: Hiver,Kitaiskaia |
mar
14
2011
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Partie de peche

C’etait conclu avec Baba Maia: demain on part a la peche. Buran, hache et tronconneuse, bur (la scie a glace en tortillon), lignes, et quelques sacs de jute. La hache et la tronconneuse, c’est pour attrapper des vers, des koraiede, ces gros vers blancs qui mange l’ecocrce des vieux epiceas en general. Sans eux, c’est meme pas la peine d’essayer.

Et puis apres, il faut connaitre les bons coins. Les gars font des trous. Baba Maia regarde dedans… « pfeu, j’y vois rien, pas un poiscaille! » Elle plonge tout de meme sa ligne, attend quelques minutes en donnant des petits coups, de bas en haut. « Niet! Nichevo! Allons plus loin. Et puis la saison est bien avancee, le poisson commence deja a remonter le courant on dirait ».

Et comme ca petit-a-petit on fait des trous un peu partout, dans un decors de contes russe, scintillant de blanc et de glace, dans la realite d’une nature grandiose, belle de toutes ses courbes, berges, rivieres et affluents… « Tu vois, la, ou poussent les bouleaux et les epiceas. C’est que des gens ont vecu a l’epoque, des stara viere, (des croyants de l’ancien temps…). Ils ont tous ete deportes pendant le communisme. Ils avaient construit sur ces berges. Ce qu’on voit la, c’est ce qui a pousse apres eux ».

La 30aine de poissons attrappes ce jour-la semblait trop peu pour satisfaire. Mais une fois revenus a Laoxe, on trinque et se rechauffe, on s’fait nourrir ot dushe, « aller, a ta premiere peche, Marilia ».

Ecrit par admin in: Hiver,Kitaiskaia |
mar
14
2011
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Hommes a tout faire…

De l’autre cote de la rive, un couple de vieux communistes est installe a l’annee, dans une grande et plate clairiere. A l’epoque CCCP, les ruches de Died Edi etaient gouvernementales. Aujourd’hui ils sont quasi les seuls a vivre sur un terrain plus ou moins « prive », non revendique par l’association Tigr. Les interesses viennent acheter leur miel en helicoptere. Baba Maia le montre pas, mais je vois bien qu’elle est toute contente de nous savoir peut-etre bientot installes sur l’autre rive. Kostia et eux echangent des coups de mains precieux, et la compagnie de tiers personnes ne se refuse pas quand on vit si loin de tout. Quand son Edi est arrive a Krasnii-iar, quand elle eu reussi a l’attrapper, au debut il a fallu lutter: « un espion », disait-on. Et puis ce qu’il aimait c’etait etre en foret, alors ca l’a vite envoye travailler aux ruches de Laoxe, qu’il n’a plus quitte depuis. C’est elle, Baba Maia, qui faisait les aller-retours au village. Elle raconte: « A une epoque Baba Klava et son Ivan vivaient pas loin, a la Garela.  Ils venaient aussi nous aider, a porter les ruches, le miel, faucher le foin, tout ca. Z’avaient Kostia avec eux, j’l'ai vu grandir depuis tout petit! Il a tout appris ici, c’est son grand-pere qui lui a montre. C’est sur que pour survivre en foret, faut pas s’laisser aller. Faut crocher dedans, faut savoir faire. Ici les flemmards font pas long feu! Moi au debut j’avais tellement d’energie que je faisais 2 jardins: un au village, et un ici. Et puis Edi m’a montre comment poser les trappes pour les zibelines, comment pecher… Tu vas voir, Kostia, il va tout t’apprendre, pareil…! »

Faut dire que y’a de quoi! Depuis que les preparatifs de l’expedition sont lonces, Kostia et Liosha, ils arretent pas. Moi je regarde ce tourbillon sans trop savoir comment me placer pour aider, et faire avancer la machine. Ah, si, penser au the, au sucre, au lipioshkis, de quoi manger pour la route. Les agrements positifs, quoi!

A la barak, ils m’epoustoufflent: le poele, les reparations tronconneuse, le buran qui occupe encore des journees a lui tout seul, chercher du bois sec, fendre, cuisiner, preparer des balles et des cartouches, bidouiller les lanieres des skis, reparer des chaussures en cuir, y remettre une semelle de feutre, depeauter une zibeline, aiguiser son couteau, nourrir le chien, nettoyer le fusil, crapahuter toute la journee a la recherche de traces a suivre ou de pieges a poser, preparer les hamecons, fabriquer une pile pour la lumiere le soir (plus de bougies), reparer le groupe electrogene, chercher de l’eau, chauffer le bania, laver 3 fringues, rapiecer les trouees, reajuster la porte de la barak, refaire un manche pour tel outil, 3 branches de pin en guise de balais, et pour la pelle, on fait comment? etc, etc, etc…

Sans avoir besoin de se le dire, les taches se repartissent, au feeling, et aux besoins collectifs. Mais decidement, entre le village et ici, les mecs, la, c’est a peine si j’arrive a les reconnaitre!

Ecrit par admin in: Hiver,Krasnii-iar |
mar
12
2011
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Expedition, au-dela…

Le territoire de chasse des Kolenchuga, c’est 150km au-dela du village, le long de la Bikin. Une journee de route, quand on s’y met tot. Mais pourquoi se presser quand on sait que y’aura des reparations a faire sur la route, et quand on connait l’emplacement de chaque barak par coeur? L’essentiel, c’est de pas se planter a travers la glace.

Liosha nous accompagne. La grand-mere au depart me lance toute emue, que j’suis la premiere apres elle, a retourner sur les terres ou elle a vecue, avec son homme, pendant longtemps. On s’emmitouffle. 2 collants, 2 pantalons chauds. 4 paires de chaussettes. Du the, des lipioshi. Et c’est parti.

Bogomolka, la porte "sacree", au-dela de laquelle s'etendent les territoire de chasse traditionnels. Pause obligatoire. On y laisse quelques cigarettes, un billet, un bout de tissu, des boulons ou ce qui traine dans ses poches...

36eme reparation: refondre le bac a essence, pour refermer la fuite, grace a un clou chauffe a rouge

omorochka, la barque sans moteur du chasseur- pour pas faire de bruit

Passe le Bogomolka, pose bouffe et reparation a la barak de connaissances. Chaque proprio tient son endroit comme il l’entend. Chacun sait ou on peut trouver de quoi se chauffer, et le minimum pour passer la nuit. La barak qui nous logera cette nuit la fait raler les mecs: pas meme une casserole, pas meme un paquet de nouilles en depannage.

Plus on remonte la riviere, plus la glace se fait fine. Le courant des  sources qui alimentent la Bikin l’empechent par endroit de geler. Kostia sort son pic, verifier le passage.

140km, « la Garela ». Nichee entre une colline et la riviere, la barak de la grand-mere, telle qu’elle a toujours ete. Minuscule (6m carres a tout casser). La toiture en ecorce. Un vrai musee. Difficile de se representer ce que ca signifie vivre la-dedans a 2 et plus tant d’annees!

146km, « la Kitaiskaia ». Je jubile. L’endroit est magnifique. Un peu a l’ecart de la Bikin, entre plusieurs ruisseaux secondaires. La barak deja plus vivable, un Bania juste en face. Un terrain plat, de quoi y faire un jardin, quand la neige aura fondue… Voila, ou le reve commence…

Ecrit par admin in: Hiver,Kitaiskaia |
mar
12
2011
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La saison blanche

Au 43 rue Leninskaia, les murs ont froid depuis bien 1 mois. Kostia est en foret, l’oncle Misha aussi, et la grand-mere a deserte dans un interieur plus chauffe. Un tas de bois a fendre m’attend. L’oncle Yura m’aide a peter le cadenas, histoire de mettre le poele en route, tant qu’il tient toujours debout. 2 jours pleins avant de commencer a s’y sentir bien. Le 3eme jour, Kostia revient, fendre la deuxieme moitie du tas de bois. « Bez drov i bez liubov, v Rossie nie vyjivioh! »

Les motos-neige ont remplace les lodki. Celui d’Andrei et de Kostia a une gueule de peugeot 101 a pedale qui ne demarre que dans les descentes, s’il fallait comparer avec le genre mobylette. Il se demarre en tirant sur une ficelle qui s’re-enroule a chaque essai. Et n’offre aucune garantie de ne pas tomber en rade en plein trajet. Mon premier tour en « buran« , c’etait justement pour aller reparer leur epave a une 20aine de km de la. Fallait convaincre un pote de nous y conduire, plus trouver une chaine de rechange, et pour qu’un accord aboutisse positivement, parait-il faut imbiber son bonhomme de bons procedes. Heureusement tous sont plus ou moins equipes de  traineaux a tout fourrer, a empiler chevreuils et sangliers, plus tous ceux qui n’tiennent plus debout. Pour les accompagner, il a fallu argumenter. Partir en foret, c’est pas pour s’ballader, mais pour taffer. Et puis dans leur idee, galerer dans le vent froid, dans la graisse mecanique et le metal qui glace, ca vaut pas le coup, et c’est pas le lot d’une fille. Alors maitenant que j’y suis, je tente de me rendre utile. Allume un feu, chauffe le the, chantonne par-dessus leur casse-tete arrose de jurons. Renater raconte: « T’as loupe le meilleur. Janvier cette annee, oh comme c’etait romantique! -40 degres, de la neige jusqu’aux cuisses, a pas sortir de la barak! Romanticheski! Mais faut bien les attrapper, les zibelines, et faut bien sortir trouver de quoi grailler! Mais tu te rend compte! De la neige, jusque la! »

C’est qu’il avait pas de bons skis. C’est Tolia le specialiste (entre autres). Bois d’acacia, etuve a la maison, sans bac, prosto tak, a la bouilloire. Largeur et longueur selon le gabari du proprietaire. Et pour que ca glisse ou que ca croche (selon le sens du poil), on coud et colle dessous les peaux des pattes de cerfs. Komuz. i vsio!

Retour de reparation. Depuis mon arrivee le ciel se couvre pour la premiere fois. A voir comment que fond la glace, je ne sais pas si ce qui tombera sera neigeux ou pluvieux. En tous les cas, les 70cm de blancheur suffisent encore largement pour sillonner la foret et le village en moto-neige. C’est sur la riviere que ca devient dangereux. Pas de temps a perdre, au prochain coup de gel, faut s’y lancer, et avoir le temps de revenir avant que la fonte ne debute serieusement.

Ecrit par admin in: Hiver,Krasnii-iar |

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