mar
12
2011
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Vladivostok-Luchegorsk, sur un air d’ « A marche forcee »

Debut fevrier

Le port de Vladivostok...

A l'autre bout du monde, l'esthetique-ecologique ne s'est pas encore imposee...

« Voir Paris et mourrir ». Voila ce qu’en disent les Russes. C’est vrai qu’apres tout, Paris, c’est joli… je fais le plein de Sacre Coeur avant de m’envoler vers les rudesses russes. Apres les rondeurs et les douceurs du Centre-Bretagne, l’arrivee a Vladivostok m’agresse de beton et de glace sale. L’odeur de fleur des femmes rehaussent a peine la pauvrete visuelle de la ville post-militaire, des ordures qui trainent, et de l’air charge de gaz-pots d’echappements. Une butte me sauve. De la-haut on peut s’imaginer ailleurs. On peut voir a ses pieds un ensemble qui a du sens, juste un peu, au moins par le fait d’exister.

Dans la sacoche le roman de Slavomir Rawic, A Marche Forcee. Ca aide pas a depasser ce sentiment de grandiose noire embrouille qui risque d’attrapper quiconque, pour un peu qu’il veuille se frotter de pres a la vie Russe. Mais les amis s’donnent un peu d’air: « Aujourd’hui on va en nature »… A 4 voitures ils ont grimpe une colline, jusqu’au fort numero 7. Z’ont sorti le barbecue, les serviettes de table, les chaises, tout, comme de bons russes bien organises. Et puis on va visiter le fort souterrain qui date de l’epoque du tsar. Un truc immonde enorme integralement betonne. Le guide a la gueule ravinee raconte comment ils ont repousse les japonais. Ca doit etre la seule fois qu’il ait servi. On s’echange des cigaretttes.

Train de nuit. Chauffe au charbon, avec sa bouilloire collective. J’ai pris une place assise, les moins cheres. Pour une etrangere, c’est pas comprehensible. Le wagon sent l’alcool. Pas une pepette qui sent bon… La cheftaine est stressee: un type est entre avec un billet qui ne correspond pas. Toute la nuit quasiment elle a reconte les passagers. Au matin dehors la plaine, blanche, nue et froide. De la neige encore epaisse pour enfouir chaque village brinqueballant, encore vivant. Une 10zaine d’heure pour 600km, jusqu’a Luchegorsk. Une ville sans interet construite il y a peu, avec son hydro-electrique, ses barres de beton pour loger les pelleteurs de charbon, et son eglise toute neuve, construire par l’usine, evidemment.

C’est dans un de ces appartements decrepis que l’on m’attend. Ils sont une pelletee du village, a etre venus bosser a l’usine. « C’est dur, mais ca paye. » Raia est enceinte jusqu’aux dents. Elle attend que ca vienne, chez le cousin Vania. Je ne l’ai pas attendue, pour filer un matin, en stop, jusqu’aux village. L’hiver la piste est sans cesse parcourue par les camions forestiers. C’est un Chinois qui m’embarque en premier. On echange quelques mots. Ils nous laisse a mi-chemin, moi et un autre jeune parti a Iar voir la famille. Un second camionneur m’explique qu’il doit profiter de la piste d’hiver pour gagner des sous. L’ete, la piste est tellement degueulasse que la casse occasionnee rend  les trajets a peine rentables.

Puis y’a le pont, la Bikin, on descend, et on oublie tout, le gazoil, la glace sale de Vladivostok, les cheminees de Luchegorsk. Ici l’air est pur, la Bikin sauvage, une vie saine et tranquille bien possible…

Ecrit par admin in: Non classé |
déc
19
2010
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Les lois, au-delà des hommes

Novembre... la Bikin se fige, les lodkis commencent leur hibernation, et les moto-neige attendent leur saison...

Bien sûr, pour manger, il y a des magasins. Mais pour aller au magasin, faut des sous. Et ça, ça court pas les ruelles. Surtout à l’époque de la Baba Klava, quand beaucoup de familles vivaient sur les terrains de chasse, toute l’année, parfois à plusieurs centaines de kilomètres du village, sur les hauteurs de la rivière.  Ici, les valeurs ne sont pas encore complètement changées: si un homme veut apprécier sa table bien remplie, il se doit d’aller trouver de quoi cuisiner. Pêcher, en automne surtout. Chasser, dès la première neige.

Tout comme nos agricluteurs, les chasseurs dépendent constemment du climat. Sans la neige, comment suivre des traces dans une taïga si vaste?? Un bon chasseur, avec ou sans chien, est tout d’abord un bon lecteur de traces. Combien d’animaux, de quel âge, depuis quand, vers où vont-ils (ça dépend du temps), à quelle vitesse???

En ce début de saison, la neige est mauvaise: trop abondante, et sans vent. Les branches se plient, blanches elles aussi, réduisant la visibilité. Y marcher, parfois chargé, sur des dizaines de kilomètre, ça crève! Mais voilà: sous son manteau blanc, la taïga se laisse parcourir, toute grandiose… Et puis y pénétrer, l’oreille alerte, le pas et le souffle parfois retenu, à la recherche du moindre indice, ca nous rend encore plus petits, … et humbles, quand apparaissent les traces d’Ours ou de Tigresse.

Une Zibeline bien retournée, qui fait ses étirements! Les chasseurs de Krasnii-iar, en échange de leur licence de chasse, sont tenus de vendre (à prix dérisoire) tant de zibelines, au directeur-actionnaire-plutôt-corrompu-et-corrupteur du village.

Remarquez la hauteur de la coupe... qui révèle la hauteur de la neige! (comment auraient-ils pu sinon l'atteindre???) Mias non c'est des blagues: l'arbre est tombé, coupé, et ses racines ont pu le relever!

Et puis la Taïga, elle a ses lois… secrètes, mais qui se révèlent quand on vient se nourrir d’elle. Je ne sais pas si les chasseurs d’ici ont la même sensibilité que moi vis-à-vis du monde animal, végétal, vivant en général. Mais pour « prendre » à la forêt sa pitance, sans souffrir, à force, de mauvaise conscience, il faut se trouver de bonnes et solides raisons, « belles », ou vitales, des raisons de survie collective. Et s’arranger, en quelque sorte, avec les Esprits des Bois! Parce que mine de rien, aucune bête de la Taïga n’a vraiment envie de mourir pour nous. Faut la repérer, lui courir après, bleuffer tous ses sens, et bien finir par la tuer.

Nous dans notre voyage, TOUT nous a été DONNE. On prie intérieurement, on espère une belle choses, une rencontre, un abris, un Bania, une bouffe chaude ou un p’tit bois où s’abriter, et paf! à n’importe quel degré d’urgence ou pas, la Terre et ses bonnes Ames nous ont répondent présentes. On a tout reçu, et c’est comme ça qu’on s’est nourri, sur la route. Mais dans la Taïga, le chasseur, le mec, doit savoir « prendre » et « tuer ». Quand j’ai vu le chevreuil, rouge et chaud sur la neige blanche et froide, ce qui a jailli de moi, comme un sentiment obligatoire, c’est de la gratitude, envers cette belle pauvre bête, et envers ce type, qui ramène en tirant sur ses épaules, de quoi se régaler, de quoi faire sourire la grand-mère, et remplir l’estomac de quelques autres 4-5 personnes pour plusieurs repas.

N’empêche, l’impression de toucher aux origines de la spiritualité des peuples de la terre. Aussi, à la base de la relation vie-mort-naissance. Sans reconnaissance pour cette Forêt-Mère qui nous nourrit, on devient tous des hooligans auto-suicidaires. Des bêtes vraiment pas belles, simplement opportunistes, et très auto-centrées.

Ecrit par admin in: Krasnii-iar |
déc
16
2010
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Au bout du chemin…

vue du haut d'un kedr

En 3 petits mois, Krasnii-iar et la Primorié sont passés par toutes les couleurs… vert-jauni, jaune, jaune-orangé, orange-orange, orange-rouillé,… et puis soudain, le blanc, qui nous renvoie au vert toujours vert des Kedr inéfeuillables.

J’suis arrivée juste à temps pour les patates. Elles sont toutes à déterrer, avant que la terre ne se mette à geler. J’ai visité 7 jardins différents! Pour le coup de main, pour l’hébergement, pour des fringues crados et déchirées, pour des bottes en caoutchouc, pour quelques roubles, pour des choux, ou bien des patates.
Quant aux autres travaux de saison, une première grand-mère, Baba Jenia, me sert littéralement de coach! Ensemble on cueuille les églantiers -j’ai fini par le faire seule, pendant que elle me trouve des clients!!, ramasse quelques « oreilles d’ours », ces champignons noirs secs que les chinois cultivent en masse, mais aussi les Barbaris, Barxat et autres baies à tisanes, pour éviter les maladies de l’hiver.
La deuxième grand-mère, Baba Klava, est ma nouvelle colocatrice. Après avoir investi sa vieille maison quasi vide, la coquine est revenue chez elle… (vachement mieux que chez ses filles), histoire de m’expliquer, le foyer en poel de masse et la manière Udège, comment ça marche.
Mais, pour qu’une maison revive, faut lui apporter à boire et à manger…
Ecrit par admin in: Krasnii-iar |
sept
08
2010
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Vent du Nord

Un matin, le vent du Nord souffle sur Vladivostok. Premier jour d’automne. Le vert de la Primorie se met a jaunir, il est temps! Temps de remonter vers les profondeurs de la Taiga, aupres de la riviere Bikin. Les moustiques doivent avoir deserte, depuis l’heure!

Dans ce vent si vivifiant, j’endosse les sacs a dos… Ileonord prolonge son arret de travail, ou bien conge d’invalidite. Je le recupereai dans quelques mois, quand une decision plus fixe concernant ma prochaine destination sera prise. Pour le moment, tant que le temps reste souriant, je prefere rejoindre rapidement le village de Krasnii-iar en stop, y prendre la temperature. Le but?? S’y poser, respirer, reparer autant que possible ses genoux, apprendre la vie de la taiga, echanger a plus long terme, et voir, ce qui y pourra bien y germer…

Sur la route on me repete que c’est pas en Primorie qu’il faut esperer faire des racines: « Ici, y’a pas d’avenir! Pas de travail, pas de sous, pas d’espoirs, ceux qui peuvent migrer s’en vont. Tu ferais mieux de retourner d’ou tu viens! » Alors, je tente d’expliquer que pour moi, c’est la ou Forets et Rivieres donnent encore toute leurs richesses que les espoirs d’avenir sont les plus vastes…

Me voila donc a Louchegorsk, la derniere ville sur la route principale, avant de bifurquer. Desole, pas de photos pour cet article, he oui, un meilleur compagnon, ca ne se remplace pas! Juste quelques nouvelles pour s’eviter quelques ulceres… Et comme du cote de Krasnii-iar, pas d’internet, ne vous inquietez pas trop pour la Chiquilla!

Ecrit par admin in: Non classé |
sept
08
2010
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Seoul

Dur dur de soudain disparaitre dans la nature (en plein Seoul, c’est beaucoup dire), sans nouvelles forestieres ou velocypediques a rediger. Mais la Chiquilla se permet  tout de meme de vous raconter son cheminement dans le Far-East, avant que la foret russe ne l’engloutisse de nouveau pour plus longtemps…

d0b2d0b5d180d185-d0bdd0b0-d0b3d0bed180d0bed0b4Seoul n’a rien d’une jungle, meme avec ses 100km/100 de beton et de tours-champignon. Tout y est tres propre, carre, pratique et rationnel, peut-etre un peu comme tous ces gens dans le metro, si bien coiffes et habilles, dont le regime de travail ou d’etude parait ultra-soutenu. Mais malgre tout (et malgre la myriade d’enseignes fluos represantant cochon, poulet, boeuf ou poisson qui sueintent la graisse a frire), les Coreens semblent attaches a leur cuisine, a leur medecine, a leur vision de la vie, d’une exemplaire saintete.

d184d0bbd0b5d0b8d182d0b0En attendant que le visa russe se fasse, je cherche les bons coins a musique. C’est un peu comme la peche de riviere: il faut savoir quand et ou se placer pour attrapper le meilleur gibier. J’ai fini par trouver l’endroit ideal, un parc-national montagneux aux abords de la ville, ou tous les anciens viennent faire un peu d’exercice. A voir leur equipement ultra perfectionne, on pourrait croire que la ballade ressemble plutot a de l’alpinisme… Alors un jour (apres avoir joliement bouscule leurs habitudes… personne ici ne joue de musique dans la rue, et encore moins avec une casquette a ses pieds), accompagnee de Caine, voyageur malaisien, on a grimpe la montagne, pour voir…

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Ben on peut vous dire, que les batons d’alpinistes, c’est pas du luxe! La grimpee est extreme, sinue d’abord entre toute sortes d’arbres aux larges feuilles, de temples peints qui emergent a peine de la verdure, puis se transforme en escalade d’a-pics rocheux rendus glissants par les pluies incessantes. Enfin les pins prennent cette forme si caracteristique a l’imagerie japonaise ou chinoise, et regardent avec nous de haut la ville, ou du moins juste un bout, ramper jusqu’aux pieds de la montagne.

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Le lendemain on redescend, bien contents de trouver une douche chaude chez Dara, l’etazunienne qui nous loge. Avec ses compatriotes profs d’anglais ou soldats en garnison, les etazuniens, a Seoul, sont legion. C’est pourquoi la rencontre de Shinhe, 2 jours avant mon depart vers le port de Sokcho, me transporte et m’donne l’occasion de decouvrir Seoul d’une maniere un peu plus Coreenne… avec une bonne dose d’originalite!

Les doigts teintes de Shinhe
Le peintre sans bras

Shinhe, elle, ne veut pas travailler. Ses parents esperent la marier, ce qui pourrait sauver la situation, mais pour elle, pas question. Ses preoccupations sont bien plus… artistiques. Elle m’invite chez son prof de calligraphie, dont elle prend soin tous les jours. En voila un qui aurait pu inventer une chanson du genre « j’ai un probleme, c’est qu’j'ai que 2 bras… » Sauf que lui, carrement, il n’en a pas: ni de probleme, et ni de bras! Il dit meme que depuis le jour ou il a perdu ses bras, sa vie est devenue meilleure. Il a pu, en quelques sortes, prendre son destin « entre ses mains ». Maintenant du bout de ses protheses il peint, ou bien avec ses pieds, realise toutes sortes de doigtes (ordi, telephone, et autres activites).

d0bfd182d0b8d186d18b3Le deuxieme phenomene, c’est le cultivateur de Lotus. Etant jeune, il a beaucoup voyage. Mais un jour, en bout de course, il a pose sa tente aupres d’un lac. Seul. Pendant un long mois d’abandon. Il aurait pu rester la pour toujours, ou disparaitre, ou mourrir, la vie n’ayant plus trop de sens. Mais un matin de reveil, devant lui le lac se met a fleurir de centaines de lotus enfin prets a reveler leur beaute. Ce jour-la il a senti l’odeur du paradis, et meme entendu les « plop » des fleurs qui, s’ouvrant, l’on revele a la vie.

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d0bfd182d0b8d186d18b2Depuis ce jour il cultive des Lotus et sculpte de ces oiseaux-tonnerre en bois, vestiges du chamanisme traditionnel Coreen, issus de leurs lointaines racines Altaiques (!!!) Boire en la presence de ces bonnes gens, le the de l’inspiration, prend une sacree dimention. On boit, tout en devorant du regard la fleur flottante et nourrisante, quasi hypnotisante…

Tandis que Christophe pedale deja vers la foret du Grand Ours, cote Canada, j’embarque de nouveau vers la cote du Far-Est Russe, des plantes-medecine qui tiennent chaud plein le sac. Sur le ferry, rencontre avec Alexis et Francois, qui viennent de mener leur bicyclette au bout du continent et donc de leur projet, apres 6 mois de voyage. www.enjamberlhorizon.fr C »est-y-pas dingue ca aussi, de savoir qu’ils ont loge chez les memes amis de Novossibirsk, quelques mois apres notre passage???!

Merci a Caine et a Shinhe pour les photos…

Ecrit par admin in: Coree | Mots-clefs :,
sept
07
2010
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test

test

Ecrit par admin in: Non classé |

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